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Les bataillons scolaires : une désaffection progressive

lundi 6 août 2018, par Jean-Jacques BUIGNE président de l’UFA

Il faut sans doute voir dans ce « désinvestissement » une conséquence de l’institutionnalisation du patriotisme républicain qu’expriment à la fois la consolidation politique du régime et les réalisations dont il pouvait s’enorgueillir telles l’école de la République, la modernisation du pays, l’expansion coloniale.


Cet article fait partie d’une suite de trois articles :

- un élan national, il s’agit des premiers bataillons scolaires et des raisons politiques qui ont conduit à leur création,
- les jours de gloire, l’activité des bataillons scolaires va imprégner le quotidien de la population,
- une désaffection progressive, vous êtes sur cet article.


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« Ne joue pas les soldats, mon cher petit bonhomme,
Les sabres et les fusils ne sont pas des jouets.
Plus tard, tu en auras quand tu seras un homme »

En outre, à partir des années 1890, l’engouement commence à passer, les corps constitués passent de soutiens à opposants, Les milieux catholiques ne soutiennent pas l’activité des bataillons scolaires, arguant qu’ils retiennent les enfants le dimanche et rendent plus difficile leur instruction religieuse. Ils n’acceptent pas la concurrence que leur font les bataillons scolaires auprès de la jeunesse.

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1870 s’éloignant, l’image de l’armée s’était dégradée. En 1886, George Courteline publiait « Les gaîtés de l’escadron ».Lucien Descaves sortait « Les sous-offs » en 1889 et Georges Darien « Biribi » en 1890. Tous trois dépeignaient une armée composée d’officiers bornés imposant cinq, puis trois années durant, une discipline abrutissante et un règlement tatillon aux jeunes gens.

L’armée est, elle aussi, malgré son implication, de plus en plus réticente, s’inquiétant du délai qui sépare le bataillon scolaire du service militaire et évaluant l’instruction, donnée par des cadres souvent inexpérimentés, à un niveau laissant à désirer, quand bien même un raccourcissement de 5 à 3 ans du service militaire permet de substantielles économies.

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Il devenait de plus en plus difficile de trouver des instructeurs civils ou militaires

Enfin, les critiques se font de plus en plus virulentes au sein du corps enseignant. Dans ce milieu qui avait aussi considérablement évolué vers une gauche pacifiste et socialiste, on s’en tenait aussi à un patriotisme de raison.

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On se débarrassa alors du pesant décor militaire pour ne conserver que des exercices adaptés au jeune âge.

Pour la grande majorité des instituteurs de la seconde génération, l’éducation avait perdu son « allure belliqueuse » tout en restant « massivement patriotique » jusqu’en 1914.
Cette innovation, très couteuse, va être un échec. Il était sans doute quelque peu illusoire de vouloir donner une formation prémilitaire à des éléments beaucoup trop jeunes pour l’assimiler sérieusement.

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« C’est une institution à la fois puérile et dangereuse que les bataillons scolaires », l’idée de patrie est désormais dissociée de la guerre, rejetant par la même occasion toute forme d’agressivité cocardière au profit d’un patriotisme réfléchi.

L’échec constaté amena bientôt la dissolution des Bataillons Scolaires. Dès 1890, le Conseil de Paris proposa de remplacer les exercices militaires par des exercices de gymnastique d’assouplissement, et cette fois encore l’exemple de la capitale fut suivi.
L’activité des bataillons scolaires cesse progressivement entre 1890 et 1893, leur succèdent les associations de gymnastiques et paramilitaires qui évoluent dans un cadre volontaire. Cependant, dans le même esprit, une nouvelle tentative fut faite avec la création de « Bataillons topographiques », s’adressant cette fois aux jeunes de 16 à 20 ans. Ce projet n’eut pas plus de succès. L’expérience fut abandonnée.
Sans vouloir mettre en doute la motivation des intéressés, surtout dans les régions-frontières, on peut penser aussi qu’à l’époque la rareté des loisirs, les difficultés de déplacement étaient autant d’obstacles à la fréquentation des séances d’instruction, et partant de ce constat, à la survie de l’institution. Après 1900, l’évolution de la situation internationale marqué par de fréquentes périodes de tension, amenèrent le gouvernement à revoir la question de la préparation militaire des jeunes de 17 à 20 ans.

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