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Les bataillons scolaires : les jours de gloire

lundi 6 août 2018, par Jean-Jacques BUIGNE président de l’UFA

La patrie et l’armée occupaient une place de choix dans la profession de foi des républicains sur l’école en tant que mythes fondateurs du régime et instruments visant à en pérenniser le modèle politique.

|Cet article fait partie d’une suite de trois articles :

- un élan national, il s’agit des premiers bataillons scolaires et des raisons politiques qui ont conduit à leur création,
- les jours de gloire, vous êtes sur cet article,
- une désaffection progressive. l’évolution des mentalités et la réticence des corps constitués auront raison des bataillons scolaires.

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Ces « Bataillons » devaient dispenser aux élèves une formation prémilitaire graduée, adaptée à leur âge.

Paul Bert, avec Gambetta et Jaurès, l’une des figures emblématiques de la République française, crée les bataillons scolaires en 1882. Il fait fabriquer des mini clairons, mini tambours, répliques réduites des fusils Gras.

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le fusil d’exercice ne doit pas être susceptible de recevoir la cartouche, tout en se rapprochant autant que possible, comme mécanisme, du modèle en usage dans l’armée ; il va sans dire que son poids et ses dimensions seront en rapport avec les forces des enfants qui auront à le manier 

Pour l’instruction avec armes, on créa deux répliques allégées du fusil Gras Mle 1874, l’un avec canon en bois, ne pouvant tirer, l’autre réelle, utilisable pour le tir avec cartouche Gras du type réduit, et dotée d’un sabre baïonnette un peu plus léger que le modèle réglementaire.
Le 18 mai 1882, Paul Déroulède fonde la "Ligue des patriotes", qui veut mobiliser la jeunesse autour de la patrie en encourageant la création de sociétés de tir et de gymnastique. Elle contribuera en bonne part à l’armement des bataillons scolaires.

J. FERRY, dans une lettre aux Préfets, annonce la prochaine livraison de ces fusils et informe les municipalités qui désireraient acquérir des fusils d’exercice qu’elles devront s’adresser à l’industrie privée (avec aide possible du Ministre) « dans la limite de ses ressources ». le fusil d’exercice ne sera cependant pas fonctionnel.

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Ce manuel reprend les termes de la circulaire du 16 août 1895, l’installation du tir (stand, champ de tir, cible, plaque, cartouches), l’instruction du tireur (définitions, précision, réglage, justesse), l’instruction du tireur (ligne de mire, viser, pointer), le port et le maintien de l’arme à l’épaule, l’action du doigt sur la détente, le feu simulé, la pratique du tir, l’exécution des tirs et le contrôle, jusqu’en annexe des détails techniques sur les armes, leurs fonctionnement, entretien, démontage et remontage).

Le décret du 6 juillet 1882, issu des travaux de la Commission de gymnastique et des exercices militaires (1880) et de la Commission de l’éducation militaire (janvier 18782), vise à édifier les préfets et les élus locaux, qui seront amenés à financer (communes et Conseils généraux). Elle porte comme mesures principales la définition de l’armement, de l’uniforme et des attributs musicaux

La fonction d"Inspecteur général des Bataillons scolaires" est mise en place dès 1883 et sera occupée jusqu’en 1889 par le général P.J Jeanningros.

Armement des Bataillons Scolaires  :

Article 9 : Le bataillon scolaire ne pourra être armé que par des fusils conformes à un modèle adopté par le Ministre de la Guerre et poinçonné par l’autorité militaire. Ces fusils dont la fabrication sera abandonnée à l’industrie privée, devront présenter les trois conditions suivantes : n’être pas trop lourds pour l’âge des enfants ; comporter tout le mécanisme du fusil de guerre actuel ; n’être pas susceptibles de faire feu, même à courte portée. Ces fusils seront déposés à l’école.

Préambule, de la circulaire du 16 août 1895, le Ministre de l’Instruction Publique, R. POINCARÉ, développe sur une trentaine de pages une instruction spéciale «  qui servira de guide aux instituteurs pour l’installation des stands, choix des armes, mécanisme et règles à observer dans la pratique du tir ».

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Floraison de costumes divers, allant de la copie des soldats en campagne, à l’exotisme des zouaves en passant par les tenues de petit marin. Les familles assuraient l’habillement, à défaut, la caisse des écoles ou des dons privés suppléaient.

Uniformes :

Les bataillons seront organisés militairement. L’équipement est lui aussi tout à fait militaire :
- un uniforme qui copie l’uniforme des bataillons parisiens,
- le béret à pompon est emprunté aux marins,
- le fusil,
- le tambour et le clairon
D’autres activités sont l’apprentissage de chants patriotiques et la formation aux défilés. Les bataillons scolaires participent à toutes les grandes manifestations publiques. Mais ils se préparent surtout au défilé du 14 juillet qui constitue l’aboutissement de l’année scolaire. Les bataillons se cantonnent essentiellement dans les écoles laïques du primaire, leur entretien est à la charge des municipalités.

Accompagnement musical :

Les musiciens sont les élèves eux-mêmes, ils composent la fanfare du bataillon et participent à l’instruction militaire.

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Les bataillons scolaires sont récompensés par des diplômes et ils chantent des chansons patriotiques composées spécialement pour eux.

La population accueille ces exercices avec bienveillance. En 1886, année où on enregistre les effectifs les plus élevés, 146 bataillons sont constitués, 49 départements sur 87 ont un ou plusieurs bataillons, 43 326 élèves sont incorporés dans ces bataillons.

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La cible aux couleurs nationales placée au centre de la composition en indique les exercices pratiques et les buts ultimes vers lesquels doit tendre l’enfant,

La mobilisation des enfants autour des valeurs patriotiques et de l’héroïsme guerrier trouve un terrain de prédilection dans l’essor de la littérature enfantine et l’émergence d’un nouveau climat culturel au cours des deux décennies qui ont précédé la guerre. Les cas français et allemand ont valeur d’exemple dans la mesure où les années qui ont précédé la guerre marquent une étape importante et décisive dans la fixation de la culture de guerre de 14-18. Tous les ouvrages des deux pays sont orientés dans l’affirmation des vertus collectives, de l’esprit de sacrifice et l’enthousiasme héroïque. Une pondération interviendra ultérieurement avec Ferdinand Buisson, Directeur de l’éducation primaire de 1879 à 1896, qui écrivait dans le Manuel général de l’Instruction primaire en 1905 à destination des instituteurs :  L’Ecole primaire, tout au moins, n’a ni à enseigner, ni à prêcher un mode précis de revanche à main armée. Elle enseignera, elle inspirera l’obligation absolue pour le jeune Français d’accepter les sacrifices que lui commandera son pays, fut-ce celui de sa vie. L’Ecole aura rempli sa mission si elle fait de tout jeune Français un patriote au sens de la Révolution qui ne se laissera dépasser par personne en fidélité, en discipline, en héroïsme, mais qui, tout en faisant la guerre quand il le faudra, revendiquera le droit, une fois rentré dans ses foyers, de la maudire et de travailler de tout son pouvoir à faire disparaître cette atroce survivance de la barbarie

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