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Collectionner les souvenirs du IIIème Reich : mode d’emploi

lundi 22 mars 2021, par Hadrien NEUMAYER

Tous ceux qui collectionnent les objets et artefacts nazis le savent : c’est une sacrée galère !

Difficultas et bis repetitae

D’une part, lors de l’achat ; les sites internet d’ampleur peuvent se montrer pointilleux, voir tatillons sur bien des aspects. Ceci étant, beaucoup d’entre eux continuent de permettre ces ventes. C’est bien normal puisqu’elles sont parfaitement légitimes, mais ne soyons pas dupes, c’est surtout l’aspect financier qui empêche leur mise au ban.

D’autre part, une fois l’objet consulté ou acheté, il y a fort à parier qu’une certaine surveillance est mise en place, impossible en effet de dissocier lors de l’achat, le paisible collectionneur-scientifique, de l’infâme néo-nazi nostalgique qui n’a rien à faire de la vérité historique.

Enfin, une fois l’objet arrivé, le collectionneur a - comme les détenteurs d’armes, si ce n’est encore plus - maille à partir avec les réflexions, préjugés et inquiétudes de son entourage !
"Ma fille / mon père / mon grand père, est en train de virer de bord !"

Evidemment, il n’en n’est rien. Nul n’a à vous juger de quelque manière que ce soit, alors que vous sauvegardez innocemment des témoins importants de l’Histoire. Sans ces souvenirs, bientôt, nous n’aurions plus de contact avec la réalité de cette période atroce pour l’Europe et le monde.

Ceci-dit, ces problèmes bien réels ne sont pas l’objet du présent article.

Alors, comment collectionner l’esprit tranquille ?

Eh bien, en communiquant. Ne restez pas cachés. Faites profiter de vos connaissances, de vos objets au plus grand nombre. Expliquez l’histoire, expliquez comment vos objets peuvent rendre compte de ce qui a été un des régimes les plus complexes et meurtriers de l’Histoire.

Et en cas de contrôle me direz-vous ?

Organisez vos vitrines, étagères, pièces, comme le seraient des Musées, pour ça rien de très compliqués, munissez-vous d’un papier et d’un stylo, et faites des étiquettes.
Une bonne idée est aussi de panacher les thèmes, une collection présentant à la fois le nazisme et ses victimes, le nazisme et ses vainqueurs fera toujours meilleure impression (et aura une plus grande signification scientifique) qu’un monobloc estampillé IIIème Reich.
Par simple précaution, exposez quelque part une affichette rendant compte de vos motivations à collectionner un tel thème, mais rappelant également l’aspect strictement légal de la chose.
Les éventuels contrôleurs apprécieront probablement le côté préparé, réglé, carré, de la chose.

Comprendre le côté juridique

Ce que dit la loi :

Article R645-1 du Code Pénal(version en vigueur au 15 mars 2021) :
Est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la 5e classe le fait, sauf pour les besoins d’un film, d’un spectacle ou d’une exposition comportant une évocation historique, de porter ou d’exhiber en public un uniforme, un insigne ou un emblème rappelant les uniformes, les insignes ou les emblèmes qui ont été portés ou exhibés soit par les membres d’une organisation déclarée criminelle en application de l’article 9 du statut du tribunal militaire international annexé à l’accord de Londres du 8 août 1945, soit par une personne reconnue coupable par une juridiction française ou internationale d’un ou plusieurs crimes contre l’humanité prévus par les articles 211-1 à 212-3 ou mentionnés par la loi n° 64-1326 du 26 décembre 1964.

Que comprendre ?
Il est donc interdit d’exhiber (le port étant évidemment inclus dans ce mot) en public (en dehors des exceptions citées au début de l’article), les insignes, uniformes ou emblèmes de :

  • La SS : facile, les deux runes sont bien identifiables. Il en est de même pour les 48 [1] divisions qui font l’objet de reports sur les bandes de bras par exemple.
  • Le SD : encore une fois, très facile, l’uniforme étant celui de la SS avec report des lettres SD dans un losange noir sur la manche gauche.
  • La Gestapo : un peu plus flou, puisqu’à moins qu’il y ait mention expresse de "Geheime Staatspolizei", l’emblème est commun à bien d’autres organisations. L’uniforme, lui, ne pose aucun problème puisqu’il est commun à l’Allgemeine SS.
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    Emblème complet de la Gestapo, souvent seul l’aigle est présenté.
  • Le Corps des chefs du Parti Nazi : c’est là que le bât blesse sérieusement. En lui-même, ce fameux corps n’existe pas dans la hiérarchie du IIIe Reich, il n’a été défini que par les actes du Procès de Nuremberg. On lit parfois des facilités du style : "NSDAP", "Chancellerie du Reich", etc, etc. Il n’en n’est rien, le Corps des chefs du Parti Nazi se traduit comme ceci :
    • le Führer (et à moins de posséder des souvenirs personnels de ce dernier, cela ne concerne pas grand monde, étant donné l’extrême rareté de ces objets, bien que des copies existent).
    • les Reichleiters, les Gauleiters et leurs principaux collaborateurs, les Kreitsleiter et leurs collaborateurs, les Ortsgruppenleiter, les Zellenleiter et les Blockleiter.
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Uniforme de Gauleiter

Seulement, voilà, autant les pièces d’uniformes et leurs reproductions sont plutôt faciles à reconnaître dans ce dernier cas [2], autant les emblèmes ne sont pas exclusifs à ces corps. Face à un centre d’emblème de casquette, un uniforme sans emblèmes ou un brassard sans fioritures, il faut donc partir du principe que les dits objets ne sont pas concernés par l’article R645-1 du Code Pénal.

A noter que, contrairement à ce qu’on peut parfois lire, ni la Kripo (police criminelle), ni la SA (SturmAbteilung) ni les Jeunesses Hitlériennes (HitlerJugend et sous-formations) n’ont été reconnues criminelles.

D’un point de vue strict, il n’est donc pas interdit d’exhiber ou porter des uniformes et emblèmes d’organisations non condamnées. Ceci-étant, un peu de bon sens suffit pour comprendre rapidement le grand danger et le peu d’intérêt d’une telle idée, il s’agit alors d’une simple question de morale, ne pas jouer le jeu de quelques excités nazillons est une évidence. De plus, le collectionneur et le reconstituteur n’ont aucune raison d’arborer lesdits emblèmes, en dehors de leurs activités culturelles essentielles dans le second cas.

Un dernier cas : la croix de fer

La croix pattée, la croix de fer (Eisernes Kreuz) est une décoration militaire allemande qui fut établie comme un honneur militaire par le roi Frédéric-Guillaume III de Prusse en 1813 lors des guerres napoléoniennes.
Décoration préférée de Hitler (lui-même ayant été décoré), elle a largement été utilisée par le Troisième Reich comme décoration militaire et outil de propagande.

Cela en fait-il pour autant un symbole nazi ? Certainement pas.
Bien qu’arborée par des gangs criminels (et ridicules), la croix de fer est un symbole universel, tout comme la croix gammée, me direz-vous, mais elle est bien moins marquée symboliquement par treize années de souffrance planétaire.
Seule la version à croix gammée se doit de rester derrière les vitrines plutôt que sur les poitrines.
Rel. L- 23/03/21

Lire aussi : Ventes aux enchères : objets nazis retirés des ventes aux enchères !
 

[146 mises en œuvre, plus deux en archives dont on peut trouver des éléments d’uniforme, voir à ce sujet la liste sur Wikipédia

[2Brun clair, emblèmes encadrés de motifs dorés sur fond rouge ou marron

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