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Culture du Colt et enchères de légende chez l’Oncle Sam

samedi 16 octobre 2021, par Laurence Plainfossé

Etiqueté à 15 dollars au temps du Far West, le Colt 44 qui a tué Billy the Kid s’est vendu à six millions de dollars à Los Angeles. Un record sur le marché florissant des armes anciennes aux Etats-Unis, qui repose sur le culte des armes et le mythe de la conquête de l’Ouest.

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Le Colt qui à tué Billy the Kid. Journal de Montréal.

Acheté pour 350 000 dollars en 2003, le Smith et Wesson qui avait abattu le célèbre hors la loi Jesse James est longtemps resté la référence. L’enchère a fait des émules. D’autres armes associées aux grandes figures de l’histoire américaine affichent des montants vertigineux. En 2011, Christie’s avait adjugé le Colt 38 du chef mafieux Al Capone à 109 000 dollars. Un an plus tard, les armes qui ont décimé le hors-la-loi Butch Cassidy, les gangsters Bonnie Parker et Clyde Barrow se sont envolées à 175 000, 240 000 et 264 000 dollars. Estimé à deux millions de dollars, le revolver de Pat Garett, qui a supprimé le Kid à 21 ans en 1881, a fait exploser les compteurs de la maison de vente Bonhams, le 27 août 2021.

« Cet engouement est très américain », souligne Daniel Casanova, collectionneur et historien de l’armement, qui note un déclin du marché des armes anciennes en France et en Europe. Au-delà de la culture des armes propre aux Etats-Unis, émerge un attachement profond aux figures emblématiques d’un pays dont l’histoire est jeune de cinq siècles. “Ces objets mythiques ont changé le cours de l’histoire”, explique Arnaud de Gouvion Saint Cyr, expert en art militaire. « La valeur historique séduit plus que la valeur intrinsèque de l’objet car il n’est plus question d’arme mais de souvenir. » Ajoutez à cela la rareté de l’objet « qui fait monter les prix » selon Didier Combeau, historien spécialiste des Etat-Unis et vous tenez un morceau de l’histoire de l’Amérique dans vos mains !

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Ce Smith & Wesson Schofield en .45 S&W a appartenu à Jesse James. Il est conservé au Musée national des armes à feu de la NRA.

Rares sont ceux qui peuvent s’offrir des pièces liées au Kid et à ses acolytes. D’un côté, les passionnés, amateurs et collectionneurs d’armes. De l’autre, les boomers fortunés et patriotes, biberonnés par les cow-boy et bercés par les airs folk des westerns. Samuel Colt, industriel de génie et inventeur du révolver qu’il fabriqua en série, fit naître la légende et sut l’entretenir. Communicant de la première heure, il réussit à imposer sa marque dès 1850. Inspirée par les gravures sur ses barillets, la firme Winchester vendit six millions de carabines sous forme de séries limitées dans les années 1960. « Une Winchester standard coûtait près de 200 euros [1] alors que la version commémorative s’élevait à plus de 760 euros, précise l’historien de l’armement. Les prix de ces coffrets atteignent aujourd’hui des sommets ».

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Les ventes aux enchères sont les lieux de tous les fantasmes et le prix des armes historiques s’envole vers des sommets encore jamais atteints.

Un siècle après les héros du Grand Ouest, le Colt qui a tué Lee Harvey Oswald, l’assassin du président Kennedy, fut vendu à 220 000 dollars, en 1991. « L’arme qui a tué fait fantasmer », reprend Daniel Casanova. En 2016, George Zimmerman aurait vendu 138 000 dollars l’arme avec laquelle il a assassiné le jeune afro-américain Trayvon Martin en 2012. Où commence le sordide et où s’arrête l’histoire ? En tout cas, Diane et Barbara Capone ont mis en vente le Colt 45, revolver « préféré » de leur grand-père, le 8 octobre 2021 à Sacramento adjugé à 1,040 600 dollars.

Rel. L- 20 /10/21

 

[11 300 et 5 000 francs de l’époque,

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