Article paru dans la Gazette des armes n° 471

Comment classer les Smith & Wesson à un coup ?

mercredi 1er novembre 2017, par Erwan

Le classement de certaines armes fabriquées à cheval sur les 19e et 20e siècles entraine des débats passionnés chez les collectionneurs. Et s’il y a des armes qui suscitent bien des interrogations ce sont les pistolets Smith & Wesson à un coup aussi appelés « Single Shot pistols ».Vous verrez que nous demandons le déclassement du Smith & Wesson Single Shot fourth Model dit « Straight Line. » Il nous a paru important de revenir sur tous les modèles afin que les idées soient claires.

JPEG - 20.3 ko
S&W « Single Shot » première version, encore muni du bou- clier arrière de barillet hérité du revolver auquel il emprunte sa carcasse. Le marquage « Model of 91 » enlève toute hésitation sur le classement.
JPEG - 16.7 ko

A première vue, la question paraît simple : c’est en 1891 que Smith & Wesson a l’idée de proposer aux détenteurs de ses revolvers calibre .38 à simple action, un canon doté d’une chambre monobloc, leur permettant de transformer leur revolver en pistolet de tir à un coup. Deux ans plus tard, la société décide de commercialiser, non plus des canons de conversion, mais des pistolets à un coup complets. C’est le début de la série des « Single Shots ».

JPEG - 30.5 ko
S&W « Single Shot » seconde version reconnaissable à la cannelure verticale fraisée à l’emplacement où se trouvait le bouclier de barillet sur la version précédente.

Les dates de 1891 et 1893 semblent régler d’une façon définitive la question du classement en catégorie D2 de ces armes. Le problème provient de ce que la série des Single Shots comporte quatre variantes de pistolets :
- La première variante, constituée d’une carcasse de revolver .38 à simple action sur laquelle a été monté un canon à une seule chambre, est fabriquée de 1893 à 1905.

- La seconde variante résulte de la décision de S&W de supprimer les éléments rappelant que l’arme était à l’origine un revolver converti. Le bouclier arrière du barillet, ainsi que les passages de l’arrêtoir de barillet et de la barrette sont supprimés.
Cette version est fabriquée jusqu’en 1909.

- La troisième variante résulte de l’épuisement du stock de carcasses de revolvers à simple action calibre .38. La demande des tireurs sportifs persistant pour les « Single Shots », il est décidé de remplacer les carcasses initialement utilisées par des carcasses de Smith & Wesson double action « perfected model ».
Cette troisième version est fabriquée de 1909 à 1923.

JPEG - 17 ko
S&W « Single Shot » troisième version, monté sur une carcasse de revolver à double action « perfected model », reconnaissable à son pontet usiné dans la masse et non plus rappor- té, comme sur les versions précédentes.

- La quatrième version apparaît en 1923, lorsque que les carcasses de revolvers à double action « perfected model » sont arrivées à épuisement. S&W décide alors de proposer aux tireurs une arme d’aspect plus moderne et dotée d’un système de percuteur en ligne, qui lui a valu le surnom de « Straight Line ».
Ce quatrième « Single Shot », dont la silhouette évoque celle d’un pistolet automatique, ne fait pas une grande carrière. Le dispositif de percussion en ligne se révèle d’un fonctionnement irrégulier et sa fabrication est arrêtée rapidement.

JPEG - 58.7 ko
Smith S&W « Single Shot » qua- trième version dit « Straight Line ». Cette arme qui a été en détention libre jusqu’en
1998 reste pour l’instant en caté- gorie B malgré sa rareté et sa désuétude. Souhaitons que l’ad-
ministration suive l’avis de l’UFA, proposant de la classer par déro- gation en catégorie D2 !

Notre analyse sur le classement

- les trois premières versions ne sont que des variantes minimes du « single Shot » apparu en 1893. Elles ne comportent aucune amélioration technique leur conférant une « dangerosité supérieure » à la version initiale. De plus, il s’agit d’armes fabriquées en très petit nombres, qui ne sont plus couramment accessibles sur le marché aujourd’hui. Ces armes sont indéniablement des pièces de catégorie D2.

- la quatrième version ne comporte pas plus de dangerosité que les trois premières, mais elle résulte néanmoins d’un remaniement complet de l’arme, qui n’a plus comme point commun avec les modèles précédents que d’être un Smith et Wesson à un coup. Il s’agit d’une arme conçue en 1923, qui relève donc actuellement de la catégorie B, mais dont nous demandons le déclassement.